La visite du Tsar Nicolas II à Paris en octobre 1896

Des voyageurs de marque sur la Petite Ceinture


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Par Petite Ceinture Info le 4 août 2020

Cherbourg - Manœuvre du cabestan pour l’amarrage du yacht impérial
À droite le train impérial venu de Russie. Extrait de l’album : Le Tzar en France - Octobre 1896. Photographie de Paul Boyer, photographe de la Présidence de la République.
Collection François Godard

Début octobre 1896, pendant 5 jours, le Tsar Nicolas II et la Tsarine Alexandra Feodorovna, à la tête d’une délégation russe, effectuent un voyage officiel en France d’une durée de cinq jours. Ce voyage est l’occasion de célébrer l’alliance franco-russe signé en 1893 par la France et le Tsar Alexandre III, père de Nicolas II.

Ayant franchi la Manche depuis la Grande Bretagne, les souverains russes arrivent à Cherbourg le 5 octobre à bord du yacht impérial. Le Président de la République Félix Faure se rend également à Cherbourg, mais à bord du train présidentiel, pour les accueillir.

Le soir même, le train impérial, que le Tsar a fait venir en France, quitte l’arsenal de Cherbourg à 20h30 pour rejoindre la gare de Versailles-Chantiers le lendemain matin à 8h50, en passant par Dreux.

La train présidentiel quitte à son tour l’arsenal de Cherbourg à 20h45 pour rejoindre la gare de Versailles-Chantiers le lendemain matin à 8 h30, en passant par Mantes et Courbevoie. Arrivé plus tôt que ses invités, le Président Félix Faure accueille le couple impérial sur le quai de la gare et l’invite à monter à bord du train présidentiel pour terminer le voyage jusqu’à Paris. À 9 h10, le train démarre en direction de la station Passy, où il s’arrête à 10h précise. La train impérial repart de son côté à 9h17, emmenant la Grande-Duchesse Olga, fille aînée des souverains russes, jusqu’à la la gare Paris-Montparnasse. [1]

Le parcours du train présidentiel sur la Petite Ceinture et la ligne d’Auteuil

La station Passy est située sur la ligne d’Auteuil. Pour la rejoindre depuis les voies de la gare Paris-Montparnasse, le train présidentiel emprunte successivement dans Paris les voies de la Petite Ceinture Rive Gauche et de la ligne d’Auteuil dans les 15e et 16e arrondissements. Le parcours parisien de ce train est représenté sur cette carte :

Au départ des voies de la gare Paris-Montparnasse, le train présidentiel emprunte le raccordement de service de Vaugirard en direction de la Petite Ceinture Rive Gauche. Ce raccordement, qui longe la rue Castagnary, est situé près la station Ouest-Ceinture et de la porte de Vanves. Une fois sur la Petite Ceinture Rive Gauche, le train se dirige vers l’ouest, traversant les stations Vaugirard-Ceinture, Grenelle-Ceinture, Point-du-Jour et Auteuil-Boulogne. Il emprunte alors les voies de la ligne d’Auteuil jusqu’à la station Passy.

Un train de marchandises sur la Petite Ceinture en 1928 près de la porte de Vanves
Le train passe à la hauteur du raccordement de Vaugirard, qui reliait la Petite Ceinture aux voies de la gare Montparnasse. Aujourd’hui, une sous-station électrique se trouve à l’emplacement du raccordement. Le train est tracté par une locomotive 240 T Ceinture. Extrait du film : études sur Paris.

Le train présidentiel

Cet évènement attire une foule nombreuse. Parmi les curieux, un photographe, M. P. Valet, pose son appareil au bord de la Seine, afin de saisir le passage du train présidentiel sur le pont-viaduc du Point-du-Jour. Cette magnifique photographie, prise à 9h55, porte les armoiries de l’Empire russe. Clin d’œil de l’histoire, chaque pile du pont-viaduc du Point-du-Jour, construit pendant le Second Empire, est couronnée d’un « N » évoquant un autre empereur, Napoléon III.

Train présidentiel franchissant le pont-viaduc du Point-du-Jour le 6 octobre 1896
Le train approche de la station Pont-du-Jour dans le 16e arrondissement.
P. Valet

Cette photographie permet de découvrir les voitures de luxe à caisses en teck et bogies qui composent le train présidentiel. Un article de la revue Le Génie Civil, daté du 3 octobre 1896, qui décrit ce train, nous apprend qu’il fut construit par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits (CIWL) à l’occasion du voyage du Tsar Nicolas II en France. [2] le train présidentiel comporte trois parties :

  • La partie avant du train est occupée par la délégation russe. Elle est composée d’un fourgon à bagages, d’une voiture-restaurant, de deux voitures-lits et d’une voiture-salon-lits pour le couple impérial ;
  • La deuxième partie est constituée d’une voiture-salon comportant un grand salon de réception compris entre deux salons d’attente ;
  • Enfin, la troisième et dernière partie est composée de la voiture du Président de la République, d’une voiture-salon et du fourgon de queue.

Un élément est peu visible sur la photographie, mais relaté par la presse de l’époque : la locomotive est ornée des drapeaux français et russes.

Train présidentiel franchissant le pont-viaduc du Point du Jour le 6 octobre 1896
Partie russe du train.
P. Valet
Train présidentiel franchissant le pont-viaduc du Point du Jour le 6 octobre 1896
Voiture-salon comportant un grand salon de réception.
P. Valet
Train présidentiel franchissant le pont-viaduc du Point du Jour le 6 octobre 1896
Partie française du train.
P. Valet

La gare du Ranelagh

Un « pavillon débarcadère », nommé dans la presse « Gare du Ranelagh », est aménagé le long du quai de la station Passy donnant sur les Jardins du Ranelagh, afin d’éviter au couple impérial de sortir par le bâtiment de la station. Bien que provisoire, ce bâtiment n’en est pas moins imposant : « les baies d’entrée et de sortie ont quatre mètres de largeur et six de hauteur. [...] Le toit est formé de quatre parties triangulaires courbes aboutissant à un mât central sur lequel est arboré le drapeau personnel de l’empereur, jaune avec l’aigle des Romanov. » [3] Une marquise longue de 150 mètres, couverte de tentures grises retombantes, protège les voies de regards extérieurs. [4]

Arrivée des souverains russes à la gare du Ranelagh
Extrait de l’album : Le Tzar en France - Octobre 1896. Photographie de Paul Boyer, photographe de la Présidence de la République.
Collection François Godard
Arrivée du tsar Nicolas II et de la tsarine Alexandra Feodorovna à la gare sur la pelouse du Ranelagh, le 6 octobre 1896.
Scellier de Gisors, Louis Henri Georges, Dessinateur. Source accessible ici.
Paris Musée - Musée Carnavalet, Histoire de Paris

De tels aménagements, associés à la forte mobilisation des forces de l’ordre sur le parcours des souverains russes dont la presse française se fait l’écho, ne peuvent être motivés que par le souhait de garantir leur sécurité. Autrement dit, d’éviter un attentat. Des précautions nécessaires dans le contexte politique russe de cette époque, alors que quinze ans plus tôt, 13 mars 1881, le Tsar Alexandre II était mort dans un attentat à Saint-Pétersbourg.

L’acheminement des spectateurs par le chemin de fer

Afin de transporter la foule des spectateurs qui veulent assister à l’arrivée des souverains russes, la Compagnie de l’Ouest, qui exploite le service de la ligne d’Auteuil, et le chemin de fer de Ceinture, qui exploite le service circulaire de la Petite Ceinture, assurent un service spécial comportant 51 trains pour desservir la station Passy jusqu’à 9h10, heure à laquelle le service est interrompu pour préparer l’arrivée du train présidentiel. [5]

À votre tour, vous pouvez déterminer votre itinéraire pour vous rendre à la station Passy depuis une station du service circulaire en cliquant ici.

Entrée d’un train en gare de Passy.
Un train de la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest en provenance de Saint-Lazare, terminus Auteuil, entre en gare.

Aller plus loin

  • Sur les détails du parcours et de la composition du cortège à Paris, consulter l’édition du 8 octobre 1896 du quotidien La Petite Presse, disponible sur Gallica,
  • Sur les images tournées pendant ce voyage, consulter la liste des films des Frères Lumière,
  • Sur l’histoire des relations diplomatique entre la France et la Russie, lire l’ouvrage d’Hélène Carrère d’Encausse intitulé « La Russie et la France De Pierre le Grand à Lénine », paru aux éditions Fayard en 2019.

[1Quotidien Le Rappel. Édition du 5 octobre 1896. Consultable sur Gallica.

[2Albert Butin. Le nouveau train présidentiel construit par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits à l’occasion du voyage du Tsar Nicolas II en France, Le Génie Civil. pages 358-361. Consultable sur Gallica. Les planches sont ici.

[3Quotidien Le Pays. Édition du 8 octobre 1896. Consultable sur Gallica.

[4Quotidien Le Rappel. Édition du 8 octobre 1896. Consultable du Gallica.

[5Ibid.


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